Dioufy : « Je suis un demi-dieu »

L'Angleterre a toujours eu son lot de décervelés. Que ce soit Roy Keane, Martin Taylor, Lee Bowyer ou encore Cantona, le Perfide Albion en a toujours eu et ne cesse d'en avoir même si la conjoncture sociale veut qu'un joueur devienne de plus en plus sérieux et de moins en moins authentique. Aujourd'hui, les quelques derniers Mohicans se nomment Barton, Balotelli mais aussi et surtout El Hadji Diouf aka Dioufy pour les intimes. Un type qui n'a jamais eu la langue dans sa poche. Un jeune riche qui fait tout comme les autres mais en fait rien comme personne. Un gars tatoué de la tête au cou, qui n'a pas froid aux yeux à l'heure d'aller chez le coiffeur. A côté de lui, ses prédécesseurs peuvent aller se rhabiller. Focus sur un capitaine qui souhaite faire remonter Leeds en Premier League.
El-Hadji Ousseynou Diouf, fréquemment appelé El Hadji-Diouf né dans les quartiers pauvres de Dakar en 1981. Le Sénégal n'est alors pas ce qu'il est maintenant. Plus pauvre, un poil ouvert d'un point de vue économique sur l'occident, bref un pays qui connaît une forte pauvreté de masse où plus de 57 % vit alors sous le seuil de pauvreté et où plus de la moitié des jeunes connaît le chômage. Le pays Africain connaît également un IDH faible puisque ce dernier ne dépassera jamais la 155e place du classement mondial. " Je viens de rien, on n'avait pas les moyens, je jouais pieds nus, c'était la galère ", raconte un Diouf aujourd'hui aux antipodes du l'individu en situation précaire. Casquette de marque, doudoune sans manche Moncler, baskets Jordan, bref, tout ça sans tricher, du neuf, de la marque déposée, du vrai. Débarqué à Sochaux à seulement 17 ans, Diouf a depuis connu pas moins de 8 autres clubs de 3 championnats différents (Rennes, Lens pour la France-Liverpool, Bolton, Sunderland, Blackburn, Doncaster et Leeds pour l'Angleterre-Glasgow Rangers pour l'Ecosse), de quoi mettre donc de côté. Le conducteur d'une Cadillac neuve au prix faramineux a aujourd'hui l'argent pour profiter de la vie et faire profiter sa famille : " Grâce au football j'ai pu mettre ma famille à l'aise et aider les gens qui en ont besoin. "
Un bad boy, mais...
Virtuose balle au pied où il fit plier la France championne du Monde et championne d'Europe à Séoul un certain 31 mai 2002, Dioufy ne reste pas moins qu'un talent gâché. Un type un peu trop fan de soirées arrosées, où on se bourre la gueule, où on amène de jolies Bimbo, où on danse sans se fixer de couvre feu... " Mais qui n'aime pas sortir, Après, il y a des images. On me dit que je dépense comme un fou, mais je ne rince pas tout le monde en soirée [...] Je suis un mec cool, je prends ce que j'ai à prendre dans cette vie. Il y a des joueurs qui ne sont pas fêtards et sont nuls sur le terrain. " On peut aussi reprocher à Dioufy de ne pas voir été toujours exemplaire sur les terrains. Un beau janvier 2011, le Sénégalais et l'Ecossais Jamie Mackie se chauffent sur le carré vert. Sur une mauvaise intervention, l'Ecossais se double fracture le tibia-péroné. La jambe explosée à en dégueuler, le Sénégalais s'approche vers le souffrant qui hurle de douleur et, yeux plissés et crâne dégoulinant de sueur, le crible d'insultes. " Je suis une cible facile. On parle de moi n'importe comment. D'accord, j'ai blessé des gens. Et le je le regrette. Après on m'a collé une image de Bad Boy, je dois "dealer" avec... Bad boy ? Ça me fait marrer, je n'ai jamais fait de prison, je n'ai jamais cassé quelqu'un sur un terrain. "-Petite dédicace que Barton appréciera au passage- Malgré ça, El Hajdi reste un type formidable. Un joueur déroutant à l'intérieur comme à l'extérieur. Neil Warnock, alors coach de QPR, ne digère pas le geste du Sénégalais quand celui-ci alla dézinguer son poulain encore souffrant. Warnock déclara alors à chaud : " J'allais le qualifier de rat d'égout, mais ce serait insultant pour un rat d'égout. " Magie ou pas, le vaudou a fonctionné et Neil semble conquis par le garçon, à tel point qu'il le nomme aujourd'hui capitaine. Avec 3 pions-3 passes décisives en 10 matchs Diouf est plus jamais excusé par son coach. Élu comme étant le deuxième footballeur le plus haï du Royaume derrière Cristiano Ronaldo, Diouf prendre la chose à la légère : " Franchement, c'est magique. Cristiano et El Hadji-Diouf ! C'est le foot qui parle. Pourquoi on n'aime pas Ronaldo ? Parce qu'il est très fort, qu'il dit qu'il est très beau, qu'il se sente le plus fort ? Il croit en lui. Ce sont ceux qui ne croient pas en eux qui polémiquent. " Bien envoyé, un peu comme ses dribbles qui ne cessent et cesseront de faire chavirer les défenses adverses, Premier League pas. Car oui, cette saison Dioufy ambitionne de faire remonter Leeds, brassard au bras. " Avoir été nommé capitaine, c'était quelque chose d'immense. Je pense à mes prédécesseurs Cantona, Rio Ferdinand... " Pour un club qui n'a pas connu la PL depuis 2004, ce serait grandiose oui...
Un gros différent avec la Fédé du pays
Déjà éloigné de la sélection pour 5 printemps, avant que finalement sa sanction ne soit suspendue, l'ancien joueur de Lens, non convoqué par Joseph Koto, s'est littéralement lâché sur les dirigeants des Lions de la Téranga. Privé de la sélection Sénégalaise depuis un moment, Diouf avait osé révéler, il y a quelques mois, que « tout le système du football sénégalais était corrompu. » Le natif de Dakar prend alors 5 années de suspension derrière la casquette. A côté de ça, Anelka passe même pour un rigolo. Mal en point pour se qualifier pour la CAN 2013 après un match aller perdu 4-2 contre la Côte d'Ivoire, Diouf ne participera pas au dernier tour qualificatif de ses camarades malgré la révision de sa sentence. Une position qui n'a pas manqué de le foutre en rogne : « Ces dirigeants sont des cancres, ils ont d’énormes insuffisances, a t-il déclaré au quotidien sportif Stades. Je sais que je suis parmi les meilleurs dans ce que je fais, ils ne peuvent pas en dire autant. Ce sont tous des tocards et ils vont tous dégager. » Le nouveau joueur de Leeds, crêté peroxydé comme le fut Balotelli, risque de prendre pour perpète sans toutefois bénéficier cette fois-ci d'un levé de sanction : « Je n’ai même pas envie de faire plaisir à ces mecs-là. S’ils le veulent, ils n’ont qu’à me suspendre encore dix, voire douze ans. Tôt ou tard, je reviendrai dans le football sénégalais et quand je reviendrai, ils seront les premiers à être aux anges, comme ils l’ont toujours été quand j’étais là », a t-il martelé.
Q.Müller.
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