Gael Bigirimana, au calme

Entre immigration en Angleterre, galère d'adaptation au pays, essai fast-food à l'académie de Coventry City, le jeune milieu de Newcastle est aujourd'hui un virtuose en devenir. Né en 1993 au Burundi d'un père Burundais, et d'une mère Rwandaise, sa famille est contrainte de fuir une dizaine d'années après la naissance du petit. A l'époque, ce petit pays d'Afrique coincé entre le Rwanda et la Tanzanie est en feu. La guerre civile fait rage et on déplore des milliers d'emprisonnements arbitraires ainsi que des exécutions extrajudiciaires. Après un passage par l'Ouganda, la famille du petit Gael réussit à s'exiler en Angleterre, où, quelques semaines après leur arrivée, Bigirimana a le culot de quémander un essai avec les jeunes de Coventry.
Le football peut faire parfois oublier une douloureuse destinée. C'est le cas de l'intéressé, jeune Burundais de 18 ans qui a fui son pays natal à seulement 11 ans. C'était en 2004, le Burundi était alors en pleine guerre civile et le massacre des Hutus et des Tutsis était encore bien présent. Le Burundi, pays dans le Top 3 des plus faibles développements mondiaux, à l'IDH inférieur à 0.317, à la peine de mort (abolie en 2005) parfois bien arbitraire et à l'homosexualité passible de prison, n'est pas franchement un Etat d'avenir pour un enfant. Dans les rues de Bujumbura, le gamin affine sa technique, pied nu, avec tout ce qui ressemble à une sphère. A son arrivée dans le centre de l'Angleterre, malgré la galère, Gael souhaite poursuivre sa passion. C'est alors qu'un jour, le gosse demande à ses parents de réaliser un test avec le must du coin. Ne savant pas parler un mot d'Anglais, tout comme ses parents, pas franchement bavards, mais au combien déterminés à faire plaisir à leur progéniture, la famille Bigirimana s'en va tâter l'aventure. " Ils ont toqué à la porte de manière innocente. Le gamin de 12 ans disait qu'il souhaitait être testé pour pratiquer sa passion, ici dans sa région. Rien qu'en voyant comme il courrait, nous avons compris" , commentait Gregor Rioch, le directeur de l'académie. Le gosse y fera toutes ses classes avant d'intégrer, quelques cinq années plus tard, l'équipe première.
Un père si important
Selon lui, cette réussite il la doit à Dieu, mais aussi à un être qui a toujours énormément compté, son père : " J'ai appris de quelqu'un (il lève les yeux vers le ciel) et il m'a aidé à devenir le joueur et la personne que je suis aujourd'hui. J'ai toujours eu des gens autour de moi qui m'ont donné de bons conseils et je veux faire la même chose, voire plus. " En admiration devant ce qu'est, et a été son padre, Gael n'hésite pas à le nommer “the man upstairs”, en gros "l'homme d'en haut". Loin du bling bling ambiant qui règne le plus souvent dans le football moderne, Bigirimana sait que sa chance est infinie." C'est un rêve qui est devenu réalité. J'ai joué en Premier League et en Europe pour Newcastle. C'est incroyable. Je dis toujours aux gens : 'ma vie n'est pas naturel, regarder ce qui m'arrive. C'est un miracle.' " Ce jeune homme de foi, loin de prétendre que Dieu lui a procuré un don, possède une étonnante humilité et maturité. Si cela peut largement s'expliquer par son mouvementé début de vie, l'éducation semble avoir joué également un rôle prépondérant : " Je dirais que mon papa m'a toujours donné ce dont j'avais besoin. Grâce à ça j'ai eu une bonne vie, équilibrée et je remercie Dieu pour tout ce qui s'est passé par la suite. " Ultra agile, assez rapide, très technique, titulaire d'une belle palette de jeu court, le natif de Bujumbura explose pour sa première saison en D2 Anglaise. Malgré un club pas des plus folichons en Championship et une toute première saison avec l'Equipe A, Gael remporte le titre de meilleur jeune du championnat devant bien d'autres talents. L'été suivant, Newcastle rafle la mise pour une bouchée de pain estimée à 750 000 livres, le môme a tout juste 18 piges.
Du chemin à parcourir
Souvent comparé à Essien pour son volume de jeu et pour son rôle important à la récupération de la gonfle, Gael ne prend pas la grosse tête. En dépit d'un salaire qu'on estime un poil plus onéreux, Gael sait qu'il n'a encore rien acquis. De la concurrence il en a un paquet à foutre dans les cordes. Avec Tioté, Marveaux, Gosling, Cabaye ou encore Anita, le jeune milieu central sait que son humilité sera une force : " A la fin de la journée, je suis un être humain. La meilleure chose pour moi est d'être quelqu'un de bien, et d'attentionné envers ceux qui attendent de moi. Il ne serait pas bon si les gens me voyaient seulement en tant que footballeur. Je vis une vie normale. Je ne suis en aucun cas différent d'un autre parce qu'il arrive que je chausse mes crampons ", s'était confié ce dernier sur le site officiel de Newcastle avant de poursuivre sur un : " Je joue au football devant des milliers de personnes. Mais vous pouvez jouer au football devant 25 personnes et c'est exactement la même chose. Je ne suis pas meilleur que le gars qui joue avec ses amis pour le plaisir. Mon football est peut être d'un autre niveau, mais nous sommes tous des gens et nous sommes tous les mêmes. " Confronté aux gangs, à la mauvaise influence des grands, Gael souhaite servir de modèle pour que les jeunes du Burundi ne perdent jamais espoir. Ce dernier ne souhaite pas devenir un modèle trivial, mais bien une sorte d'ambition que les enfants du Burundi pourraient se servir pour s'extirper de la misère. " Ma foi est de garder les pieds sur terre. Je sais que moins en moins de gens croient en Dieu, mais mon Dieu me dit d'être humble et de respecter les gens. J'aime bien aider ceux que je peux aider à mon niveau. Je n'aime pas le mot célèbre ou l'idole mot pour cette question. Je préfère être une source d'inspiration que célèbre. Pour moi, ce n'est pas seulement le football. Je leur dis de ne pas vivre la vie dans la rue et de rester à l'écart des gangs. " Du coup, le néo Magpies eut la généreuse idée de suppléer une fondation de Newcastle présente à Gosforth.
A 18 ans, cet immense talent en devenir a les aptitudes pour un jour se faire une place au soleil dans le onze des codes-barre. Ce jour là, les enfants de Bujumbura regarderont les cieux et ce sera à leur tour.
Q.Müller.
Crédit Photo : Skysports
Bigirimana.
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