M.Taylor, ce discret pied gauche

Portrait de Quentin Müller

Matthew Taylor c'est l'histoire d'un type qui n'aurait jamais du faire du foot. Né d'un père architecte et d'une mère fan de bouquins intello, ville d'Oxford oblige, le petite Matthew ne sirotera finalement pas le sein de sa mère, lunette sur le nez, mais bien un ballon sous le coude. A 13 ans, à l'école, on s'arrache le petit gars. Avec lui dans son équipe, les balles en mousses risquent de fuser un max. Très vite, celui qui aurait du être médecin, architecte, ou bien prof de fac, endosse rapidement la tenue footballeur tatoué, stéréotypé mais au combien beau gosse et classe. Bref une sorte de stéréotype paradoxal dont beaucoup sous-estiment encore le potentiel.
 
Brillant petit, où le nom de M.Taylor circule pas mal dans les environs d'Oxford et de ses écoles primaires, le natif d'Abingdon ne tarde pas à intégrer un club pro à quelques 18 piges après avoir fait ses classes à Oxford. Luton Town, modeste club de troisième division, qui avait pour seul fait d'arme d'avoir accroché la Coupe UEFA alors que le club évoluait en D2, remporte le mise. Le club est alors totalement dépourvu de quelconque concurrence puisqu'il est rétrogradé en D3 à cause de lourdes dettes. Bref, le jeune Anglais fait vite ses preuves, un coup arrière gauche, un coup ailier gauche. Sa première véritable saison (1999-2000) est alors ponctuée par une jolie distinction individuelle puisque Taylor décroche l'honorifique trophée du meilleur espoir Anglais. Pas mal pour une première pige. Pas très rapide, pas très costaud, pas non plus très grand, Taylor a néanmoins le gros avantage de frapper fort avec une incroyable précision. Alors que Gerrard et Lampard commencent à faire leur trou, le jeune homme lui décide de ne pas griller les étapes et d'y aller mollo, tout le contraire de ses tirs.
 
Dick Turpin et des frappes d'éléphants
Après trois belles saisons ponctuées par 16 pions en 129 parties, la Premier League, ameutée par l'odeur des lourdes frappes, se renseigne sur ce jeune espoir Rosbif qui zone en D3. Malgré l'offre de bonnes écuries, Taylor préfère signer à Portsmouth, alors en D2. La ville portuaire à l'ambition de remonter en D1, mais celle-ci souhaite avant tout se créer une équipe à la hauteur de ses exigences. Le renfort du jeune Anglais est tout à fait dans les cordes. A son arrivée chez les Pompey, alors sous la houlette récente d'Harry Redknapp, Taylor se met à squatter le sélection espoir des Three Lions (3 caps). Sa venue dans le sud Anglais provoque cependant un grand tollé dans la presse Anglaise. Son ex entraîneur, Joe Kinnaer, accuse Portsmouth d'avoir volé son protégé pour une bouchée de pain estimée à 750 000 livres. Une somme dérisoire qui empêchera de surcroît Luton à porter plainte. Le manager des Hatters lancera alors dans la presse un froid : " Au moins Dick Turpin (grand cambrioleur anglais du XVIIIe siècle ndlr) avait la décence de porter un masque. " Qu'importe, Taylor pratique un bon football pour sa première année sous le maillot des Pompey. En 3-5-2, sa position mi ailier gauche, mi défenseur gauche lui va à ravir. Grâce à sa belle patte sur coups de pied arrêtés, et sept pions, Taylor réalise une saison pleine. Sa formation termine championne de Championship, alors appelée  "Division One Championship", et, pour la première fois, Matthew va découvrir un championnat qui le convoitait tant. Une blessure le force néanmoins à observer ses potes de la tribune en ce début de championnat. Le 3-5-2 utilisé par Redknapp se transforme en un plus raisonnable 4-4-2 dans lequel le revenant aura du mal à s'y faire. Finalement, ce dernier trouve sa place à gauche de la défense. Moins en vue à ce poste, Taylor reste néanmoins un titulaire régulier, écartant la concurrence du gênant David Unsworth, arrivé d'Everton avec l'étiquette d'un futur titulaire. Même si ce dernier joue, la patte gauche de notre ami est bien moins appréciée. Du coup, la sélection ne le rappellera plus. Seules ses monstrueuses frappes l'expulsent sous les feux des projecteurs. Le 29 octobre 2005, Sunderland en fait les frais et encaisse une mine sèche des 40 mètres. Menés 1-0 contre les Black Cats, Taylor ravive sa formation, plante un second but et délivre deux passes dé. Au final, Portsmouth l'emportera 4-1, du propre. En 2006, il réalise une autre perf du genre en expédiant un autre pétard mouillé des 42 mètres cette fois-ci. Ses coups de canons lui valent de faire la une des Top goal de l'année mais guère plus. Malgré ça, que ce soit avec Redknapp, ou Alain Perrin, Taylor réussira toujours à conserver une place stratégique dans le onze Pompey, écartant des types de la trempe d'Andrés D'Alessandro ou encore du Français Vignal.
 
Du pouding et du fish and chips
Buteur spectaculaire, Tottenham et Fulham lui font les yeux doux, mais le Rosbif n'est pas du genre à retourner sa veste facilement, ce dernier honore alors ses quelques années de contrat avant de finalement rejoindre Bolton qui kiffe son jeu British. Quelques bonnes saisons plus tard, West Ham le recrute, Sam Allardyce voulant utiliser sa grosse frappe et sa précision sur coup de pied arrêté pour servir ses grandes perches. Loin des critères modernes, Matthew semble être un vestige du football Anglais. Son folklore qui dicte au milieux de frapper de loin, de balancer dans le tas, de se battre de la 1e à la 90e, de mettre hors de portée des gardiens la gonfle sur corner, Taylor l'a dans ses gènes. Mais le type n'est pas un vieux briscard, de la finesse, il en a un paquet. Pas verni par la nature, Matthew se bat avec ses armes et c'est en cela que ce dernier est si intéressant.
 
Pas mauvais sur ses dribbles courts, très bon centreur et excellent à la sortie des corners, Taylor possède peut-être un profil archaïque mais aujourd'hui rare, globalisation oblige. A West Ham, accompagné de son ancien Kevin Nolan, ce dernier ne cessera d'envoyer de purs caramels dans les lucarnes, renommée ou pas.
 
Q.Müller.
 
Crédit Photo : Zimbio.com
Matthew Taylor.

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