Un Marseille Olympique

On pourrait utiliser toutes les métaphores possibles et imaginables pour décrire le fossé qui sépare actuellement le PSG et l'OM. Aujourd'hui, les deux amis ennemis ont du quelque peu bouleverser leur fusil d'épaule, conjoncture sociale et économique oblige. Le PSG s'est fait racheter par le Qatar, pendant que son pote l'OM lui ne cesse de se serrer la ceinture à la manière d'un hôpital public. Pourtant, hier, chien et chat se sont pouillés et aucune altérité évoquée au-dessus ne s'est fait ressentir. De quoi faire passer l'OM pour un sacré emmerdeur...
L'Olympique de Marseille ne serait pas en train de nous prouver par A + B qu'une réduction de budget peut avoir des effets positifs ? Si au niveau macro et micro économique beaucoup en doutent, en football, Lyon et Marseille prouvent le contraire. Toujours premier avec un parcours explosif (6 victoires-1 nul-1 défaite en L1), l'OM mène sa barque à sa sauce, loin de l'agitation de la presse, loin des redondants focus sur leur unité. Sur le marché, pas de recrues notables et, après coup, pas de départs préjudiciables. Les brèches laissées par Mbia, Alou Diarra et Azpilicueta semblent avoir pour l'instant été comblées avec ce qu'il fallait pour que la maison du père Baup tienne la route, du moins pour quelque temps. Car si Marseille s'est payé deux anciens amateurs, venus respectivement de Nantes (Raspentino) et de Sedan (Abdallah), un bad boy coffré pour encore un petit paquet de matchs de L1 (Barton), ainsi qu'un Brésilien (Mendes), inconnu aussi bien en zone Euro qu'en Mercosur, l'Olympique n'a pas fait mieux. Seul avantage ; son centre de formation a pour la première fois servi depuis un bail. Malgré une génération qui regroupe pas mal de futures chèvres, Baup n'hésite pas, et non sans un certain brio, à piocher en CFA2 histoire de faire souffler ses titulaires.
Un groupe surmotivé
C'est donc dans ce contexte que Marseille recevait son ennemi de toujours. Durant la quasi totalité du match, les locaux ont fait preuve d'une véritable force collective. Non pas que le jeu développé ait été un régal, mais les hommes de Baup se sont montrés cohérents dans toutes leurs phases de conservation. Rapprochés des uns des autres, assez propres dans la relance et dans la construction de semblants de phases offensives, les Marseillais ont impressionné. Encore une fois, leur match fut loin d'être parfait, mais l'Olympique, plongé dans pareille conjoncture, ne pouvait faire véritablement mieux. Le bloc compact proposé par "Monsieur casquette" a empêché toutes liaisons entre Pastore et ses deux attaquants, Ménez et Ibrahimovic. Kaboré, en binôme avec le très calme Cheyrou, n'a pas arrêté de courir pour couper toutes trajectoires venues du bas. Du coup, en première période le Suédois a beaucoup (trop) décroché pour toucher des ballons et Ménez, qui voguait, à gauche, à droite, s'est trouvé isolé comme jamais. A la mi-temps, les Parisiens peuvent remercier leur attaquant vedette car Marseille les a véritablement mis en échec. En seconde période, Ibra a pour ordre de moins décrocher et là, Fanni et Nkoulou se montrent intrépides. Trop esseulé, muselé par deux masses qui n'en demandaient pas tant, le meilleur joueur de Paris déjoue, à l'image de sa formation fantomatique, parfois même à la limite de la pure nonchalance. Grâce à un Gignac ressuscité, à un groupe homogène, motivé, où des joueurs comme A.Ayew, Valbuena, Nkoulou et le revenant Rémy demeurent des valeurs sûres, l'OM conserve ses trois points d'avance. Outre l'aspect comptable, les Marseillais auront surtout prouvé à leurs vis-à-vis qu'il faudra compter sur eux à court terme. Le long terme, ce sera aux joueurs de Baup de l'écrire.
Marseille engrende de la confiance
Malgré s'être fait devancer sur l'égalisation d'Ibra, Nkoulou a réalisé un match plus que convainquant. L'international Suédois lui avait plaisanté sur le défenseur Camerounais, déclarant n'avoir jamais entendu parlé de lui. En dépit d'un somptueux doublé, l'ancien Milanais n'a pas gambadé si librement qu'il l'entendait. « Je lui ai serré la main au début, comme à un joueur normal. Et maintenant, j'espère qu'il sait qui je suis. J'ai affronté Ronaldinho lors des JO 2008 et c'était plus fort que Zlatan », s'est fendu l'excellent défenseur Marseillais qui prouve encore son immense potentiel. Mais si la défense a relativement tenu le choc, c'est véritablement le secteur offensif qui a fonctionné. En forme depuis que son nouveau coach lui a assigné son entière confiance, Gignac enchaîne les pions. Cinq en Ligue 1, trois en Europa, l'ex souffre douleur du Vélodrome semble s'être enfin trouvé une place. Le doublé de l'international Français a de ce fait répondu à Ibra. Lui qui avait également affirmé se foutre de ce vulgaire inconnu d'André-Pierre. Hier, certains n'hésitaient pas à déclarer que les Parisiens s'étaient fait « André-Pierre-iser ». Avant que Rod Fanni affirme même : « Il (Gignac ndlr) a fait mieux qu'Ibrahimovic. Il est vraiment dans une bonne spirale. »
Marseille et Paris n'ont pas sublimé le clasico collectivement. Les individualités de Gignac et d'Ibrahimovic ont sauvé les deux formations mais c'est véritablement les hommes d'Ancelotti qui ont éprouvé le plus de difficultés hier. Si Paris peine encore à jouer, alors le titre est encore loin d'être joué.
Q.Müller.
Crédit Photo : Bulgarian news agency
Jordan Ayew
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