France-Biélorussie vu du stade

Portrait de Quentin Müller

 
Le Stade de France, on l'aime. On l'aime pour sa ferveur, ses chants passionnés, ses supporters enflammés, sa sympathie envers les joueurs, son amour pour le beau jeu, bref son enceinte nous fait bander. Puis l'Equipe de France, que dire de notre chère Equipe de France. Le rendez-vous fait rêver d'avance.
 
L'heure d'arrivée on ne s'en souvient plus, mais peu importe, il n'y a pas foule. Les vendeurs de sandwichs Kebab se bousculent, l'odeur de graillon est présente partout. Les quelques bars qui arborent le Stade de France tentent de mettre de l'ambiance mais les âmes ne sont pas à la fête. Ça murmure, seuls quelques férus, bières à la main et maquillages douteux, parlent fort des anciennes gloires de l'EDF. Les doigts gras, les panses bedonnantes, la peuplade remplit le stade doucement à coups de drapeaux de France à 7 euros et autres petits klaxons. Les tribunes sont vides et le speaker, histoire d'amuser la galerie et ses sponsors, demande aux différents virages de s'époumoner le plus de décibels. Les gagnants seront alors mitraillés par des pistolets à cadeaux. Ça fait jouir les gamins, mais une partie du public siffle la mascarade. Mauvais esprit Français quand tu nous tiens...
 
Un hymne aussi bien assimilé que les joueurs et des ultras Biélorusses
L'orchestre pour la Marseillaise rentre sur le carré vert avec une allure aussi raide que le derrière de Yann M'Vila. On se lève pour l'hymne Français, tout autour de nous ça bargouine plus que ça ne chante puis ça hurle " aux armes aux citoyens ", seules paroles à peu près retenues. S'en suit un mal fou du speaker à prononcer le nom de la totalité de l'équipe Biélorusse. Les noms à l'écran vont trop vite et les huées parasitent l'écoute du onze de départ star des Biélorusses. Les tailles fusent sur les joueurs de l'est alors qu'on aperçoit les quelques 60 supporters Biélorusses juste en bas de notre gradin. Les gars sont capuchés, mal fringués. Il y a un tambour, un meneur qui tourne le dos au carré vert et hurle des chansons paillardes, des banderoles avec d'étranges dessins dégueulasses, des écharpes à l'effigie du Dynamo Brest (oui le mélange Biélorusse-Breton existe), du classique quoi. 
 
Un premier acte à chier
Dans le premier quart d'heure, le match débute sur les chapeaux de roues. (13) On croit à l'ouverture du score quand Giroud place une belle tête mais le gardien adverse sort la belle parade pour les journaux locaux. L'EDF semble alors prendre le dessus sur un bien faible adversaire. Un type d'une trentaine d'années dit à sa compagne que le match se finira avec au moins 4 ou 5 buts pour les Bleus. Pourtant, au bout de 35 minutes de jeu et une intensité qui a nettement retombé, toujours pas de pion et cela s'en fait ressentir dans le stade. Ça siffle à chaque pertes de balles, on insulte de " chèvre ", de " bite "  les plus nuls. En tête d'affiche, Ribéry qui ralentit le jeu comme jamais et rate tout ce qu'il entreprend, Evra qui ne déborde pas d'un poil et Etienne Capoue qui choisit les places handicapées alors que la parking est vide. Un jeune puceau crache " Evra, ce type, je ne l'ai jamais vu dribbler quelqu'un ! " Les joueurs rentrent au vestiaire, ça siffle, ça soupire, le 5-0 promis par le Romeo de tout à l'heure semble se transformer sinistrement en un 0-0 dégueux, sans occasions, sans âme ni intensité. Niveau ambiance, toujours aussi délétère, les quelques 60 supporters Biélorusses regroupés en tribune Sud font plus de bruit que les 50.000 supporters Français présents.
 
Un seconde mi-temps plus attrayante mais pas toujours footballistiquement parlant
Durant l'entracte, les sponsors organisent un nouveau jeu à la noix où quatre gamins, dont une filette, représentent les quatre tribunes. Les gosses doivent frapper dans les cibles placées en lucarne. On se moque et siffle la fille qui participe au jeu, prétextant qu'une fille a obligatoirement les pieds carrés. Le jeu se finira à la mort subite après que les gamins aient tous raté leurs tirs.
En seconde mi-temps, la reprise est chaude et les supporters Biélorusses semblent choper la chaleur que dégagent les ardeurs de leurs attaquants. Torses nus et velus, les gars commencent à allumer des fumigènes et balancer des PQ, comme pour manifester leur présence, pourtant bien repérée par la sécurité. (47) Après un arrêt décisif de Lloris devant Dragun, Ribéry rassure le stade et s'en va offrir un caviar à Etienne Capoue, fantomatique et catastrophique depuis le début du match. Le stade exulte et loue Ribéry, lui qui se faisait insulter et tailler sur ses problèmes d'élocution 20 minutes plutôt. La suite est plate dans le jeu, mais animée en tribune, où on aperçoit enfin les premiers échanges sympathiques entre des supporters Français et Biélorusses. Des deux côtés on montre les dents, on se balance des bouteilles sans bouchons, des verres en plastiques parfois encore pleins de bière, des sandwichs jambon-beurre, bref rien de convivial, mais rien de méchant. Le spectacle est peut-être même plus kiffant que le match dont une grande partie du stade oublie son existence le temps de quelques doigts ou autres insultes Slaves. (68) Nos yeux sont vite ramenés vers le débordement de Jallet côté droit. Son missile de centre rentre dans les buts, personne ne comprend mais peu importe, ça fait boom, ça fait but. Le stade scande "Allez Paris", laissant entrevoir un potentiel de décibels rarement entendus pour une autre cause. On se prend à rêver d'une belle fessée finale mais les Biélorusses, pourtant à chier, obtiennent un penalty sous nos yeux. Levé, le stade exulte puis râle quand Putillo marque en deux temps son penalty. La tribune Biélorusse explose et jette un froid sur un Stade de France déjà bien anesthésié. (80) Ribéry finira finalement par réussir une action de jeu grâce à un beau contrôle orienté puis un piqué inspiré sur Veremko. Les entrées des remplaçants ne seront qu'anecdotiques mis à part les huées à l'encontre du Marseillais Valbuena (61) et l'ovation pour les Parisiens Matuidi (76) et Ménez (90).
 
Après trois faux coups de sifflets finals, la rencontre se termine dans le calme et le sentiment d'avoir vu un match pourri mais quand même animé par des buts et du spectacle acrobatique du cirque Slave.
 
Q.Müller.

Notez cet article: 
Average: 5 (2 votes)